Je viens de rencontrer Carla Brown-Ndiaye. Elle est la représentante résidente du « Catholic Relief Services » au Bénin et est responsable d’un projet dont l’objectif est de réduire la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans dans la région d’Atacora (Bénin).
Son projet m’a touché car l’approche est innovante. Pour régler les problèmes de malnutrition, le projet s’appuie sur les mamans. Ce sont les mamans qui conseillent d’autres mamans ; ce sont des femmes qui partagent entre elles leurs expériences. On est plus sur le modèle traditionnel où le médecin, le nutritionniste, l’ « expert » en quelque sorte donne des directives aux mères.
Je peux m’identifier avec ces mamans de Toucoutouna au Bénin. Je me souviens quand je suis devenue maman moi aussi. On est vulnérable, il y a tant de choses que l’on ne sait pas. Il n’y a pas de « guide du bébé ». On apprend sur le tas, et parfois on ne se sent pas forcément à la hauteur. Alors bien sûr, le médecin, le pédiatre sont là (et leur expertise est essentielle) mais parfois on a l’impression que leurs connaissances, leur « autorité » sont théoriques uniquement. OK, il faut nourrir bébé à telle heure avec telle ration, il faut faire ceci et cela… mais que faire quand bébé n’en veut pas de sa ration ? Que faire quand on n’y arrive pas ? Quand on est dans une situation difficile, la « théorie » venant de l’ « expert » a des limites. Et ce parce que l’angle du médecin ou du pédiatre est centré sur l’enfant et ses besoins, mais pas sur la maman et les difficultés qu’elle rencontre.
Rien ne remplace une discussion avec une autre maman. Rien ne remplace de s’entendre dire : « Ah oui, moi aussi j’avais ce problème », ou « Ne t’inquiète pas c’est normal…. Tiens voilà ce que moi j’ai fait …. ».
Je peux m’identifier à ces mamans au Bénin. Bien sur le parallèle a ses limites. Je vis aux USA avec un accès facile aux soins de santé. Mais en tant que jeune maman, en tant que femme, moi aussi je me souviens des difficultés des premiers jours, des premiers mois. Je me souviens des conseils du pédiatre auquel parfois j’avais envie de dire « oui, mais en fait, dans la réalité c’est plus compliqué, ca ne marche pas … »… et je me souviens aussi de discussions avec d’autres mamans, dont les premiers mots étaient souvent « C’est normal… », « Moi aussi, j’ai ce problème … » on n’est plus la maman qui ne sait pas faire, et on devient la maman qui apprend, qui va essayer, qui va pouvoir partager, et qui à la fin du compte, quelques mois plus tard, est en mesure de pouvoir aider une autre maman.
La force de ce projet, c’est qu’il donne confiance aux mamans. C’est un projet qui croit en ces mamans, en ces femmes. Et c’est pourquoi je pense que ce projet peut avoir un impact réel.